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Le livre noir de la Révolution française, Editions du Cerf.
Après le livre noir du communisme, cet ouvrage deviendra une référence. Réunissant les contributions de nombreux historiens dont celles de Pierre Chaunu, Stéphane Courtois, Jean Sévilla et Reynald Secher, il s'attaque en profondeur au mythe révolutionnaire, fondement de notre République. L'analyse est poussée pour dénoncer toutes les idées reçues. Evenement par évenement, Stéphane Courtois montre l'analogie frappante entre le déroulement de la révolution russe de 1917 avec celle de 1789.
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 | QU'EST CE QUE LA TRADITION ? |

Comme le fait remarquer Julien Freund dans “ Politique et impolitique ” , il suffit de reconnaître la valeur et l’importance de la Tradition pour être immédiatement qualifié de “ traditionaliste ” et donc affublé d’une connotation péjorative.
Il explique le poids de ces “ ismes ” par un phénomène d’idéologisation poussée. En “ idéologisant ” un principe, on va l’enfermer dans une catégorie déterminée dont il ne pourra plus en sortir. On aura préalablement défini celles des catégories qui sont tolérables et celles qui ne le sont pas en minant ainsi le langage.
Ainsi, le traditionaliste, vrai ou supposé, sera catalogué comme un vieux réactionnaire, nostalgique du Moyen Âge, de l’Inquisition, du temps de l’esclavage et de la servitude, par opposition au “ progressiste ”, c’est-à-dire celui grâce auquel le monde évolue d’un état d’obscurantisme vers une société de liberté et d’épanouissement.
Il convient de récuser cette présentation des faits car les cartes du jeu sont faussées.
Quand le progressisme devient Tradition
Car, si le progressiste prétend que toute rupture par rapport au passé constitue un pas de plus vers l’humanité, constatons que cela est nié par la réalité, mais qu’en outre, l’idéologie progressiste peut elle même devenir un dogme traditionnel. Par conséquent, plus que jamais, il est important de refuser ce diktat des “ ismes ” qui mène à l’impasse.
Pourtant, fidèles à la méthode de la rétorsion (où l’on juge à travers les actes et non les discours), démontrons que les progressistes ne sont pas logiques avec eux-mêmes : prenons l’exemple de deux révolutions qui se voulaient progressistes, la révolution française et la révolution bolchevique.
Ainsi on entend parler depuis 200 ans de “ tradition révolutionnaire ”, de “ tradition république ” ou de “ tradition laïque ” ? Les festivités du bicentenaire n'étaient-elles pas un exemple de traditionalisme avec ses rites, ses souvenirs, ses sans-culotte, ses guillotines dont on transmet l'héritage ?
Les festivités du 1er mai dans l’ex-URSS, avec elles aussi leurs rites, leurs slogans, leurs dogmes, leurs cérémonies, leurs banderoles et leurs effigies, ne visaient-ils pas a transmettre un héritage pourtant ancien ? Objectivement, tous ces mécanismes relèvent d'un phénomène“traditionaliste ” en dépit du discours révolutionnaire ou progressiste dont ils se réclament.
En réalité, de même manière que le mot “tolérance” dont les progressistes se sont accaparés le principe, les mots tradition ou progrès sont eux aussi utilisés dogmatiquement au service des intérêts de ceux qui les proclament.
Si le mot tradition est combattu, c'est pour remplacer un modèle par “ leur ” modèle qui deviendra lui-même au fil du temps, une “ tradition ”.
Il reste que le mot “ tradition ” a subi une dépréciation dans l’esprit des contemporains. La dépréciation de la tradition aurait été amorcée selon Julien Freund pendant la querelle des Anciens et des Modernes, relayée par l’idéologie des lumières. Jusque-là, l’idée de tradition était communément acceptée, de même que l’idée d’autorité et de communauté, sans pour autant que soit cautionnée n’importe quelle autorité ou n’importe quelle tradition. En réalité, on n’en parlait même pas : on transmettait l’héritage ancien tout en le renouvelant sans se poser la question. On le faisait comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Il n’en reste pas moins qu’une société ne peut se priver de se passer de tradition, qu’elle que soit cette société.
Un homme sans amarres dans le passé serait ou bien un fou, ou bien un amnésique. Personne n’est à tout instant un créateur. On créé à partir de quelque chose déjà existant et non à partir du néant. On créé par exemple avec de la matière grise, un artiste crée à partir de pinceaux, de la peinture, du papier, c’est à dire des éléments qui existent déjà.
Même les tentatives de créer un langage nouveau (la “ novlangue ” du roman “ 1984 ” de Georges Orwell) ne peuvent prendre appui qu’à partir de l’ancienne langue. Il ne peut naître ex nihilo.
Il ne s’agit pas de rester dans l’immobilisme mais d’accepter que l’avenir se construise à partir d’un passé qui nous est transmis avec de bonnes et mauvaises choses, mais dont nous sommes tout de même tributaires.
Einstein déclarait lui-même que celui qui ne connaîtrait pas à fond la physique classique ou traditionnelle serait incapable de comprendre la théorie de la relativité. Ainsi, la Tradition devient un moyen de la connaissance : on ne part pas de zéro. Platon disait que lorsque l’on transmettait, on enseignait.
D’une part, la tradition est un facteur unificateur, un lien entre générations anciennes et futures. Comme le fait remarquer Julien Freund, elle est “ unificatrice et transitoire ”.
Limites de la Tradition
Il reste que la Tradition comporte des limites. Toutes les traditions ne sont pas bonnes. Il peut en effet exister des traditions totalitaires, barbares, anthropophages ou idolâtriques, qui ne sont pas bonnes.
D’autre part, une attitude strictement traditionaliste consisterait en fait à cautionner l’évolution actuelle de notre société. La tradition destructrice de l’éducation nationale ; la tradition conflictuelle en droit du travail, la tradition qui consiste à accorder des droits à n’importe qui pour n’importe quoi, pour le meilleur et le pire ou encore la tradition progressiste qui vise à détruire la famille. C’est parce que l’idéologie progressiste est devenue une tradition qu’elle est entrée dans les mœurs. Ainsi, paradoxalement, un monarchiste aujourd’hui n’est pas un traditionaliste en fait, car la tradition monarchique à l’échelle de l’Etat est morte. Une conception intégriste de la Tradition viserait en fait soit à vivre dans le rêve et à maintenir un folklore certes sympathique, mais sans portée réelle sur l’ensemble de la population, soit à prétendre revenir en arrière : ce ne serait plus de la tradition, mais de la régression.
Il nous faut donc définir le véritable sens de la Tradition. Le mot tradition vient du latin “ traditio ” (tradere signifie livrer). Il est le lien entre passé et présent. Le but de la tradition est donc de transmettre un héritage et si possible, de le rendre vivant.
Le conservatisme, par exemple, ne transmet pas. Il s’efforce de garder en l’état. Mais avec l’usure du temps, certaines choses finissent par dépérir (il en va autrement pour les valeurs). Une véritable tradition digne de ce nom est celle qui consiste non à être figée dans une de ses expressions particulières à une époque donnée, mais à s’adapter pour être capable de surmonter les nouveaux enjeux et les nouvelles difficultés. Sinon, on sclérose, on muséifie. Cette vision caricaturale de la tradition est précisément le piège dans lequel les idéologies veulent enfermer leurs adversaires. On enferme la tradition dans une case, pour qu’elle devienne un folklore révolu et inoffensif. Mais ce n’est plus une tradition parce qu’elle est morte. C’est un vieux livre ou un vieux tableau poussiéreux que l’on classe dans une bibliothèque sombre. C’est un cadavre que l’on a mis dans du formol et que l’on empêche désespérément de se décomposer.
Tradition et progrès
Ainsi, une vision saine de la tradition implique symétriquement une idée de progrès qui peut inclure une certaine conflictualité. Le tout est de faire en sorte que cette conflictualité n’oppose pas le passé et l’avenir, mais au contraire, les unisse.
Or, une tradition n’est vivante que si elle évolue sans cesse. Il en est de même du corps humain et du cycle de la vie. Lorsque nos cellules ne se reproduisent plus, le corps se dégrade. Mais quand un homme et une femme donnent la vie à un enfant, c’est une partie d’eux-mêmes qu’ils transmettent aux générations futures. Cette génération aura toujours quelque chose de nouveau mais doit tout au passé.
Le rejet du Père
Le drame arrive quand l’enfant rejette le Père, l’homme rejette Dieu, le citoyen, la Patrie. C’est alors que croyant être libre, il devient un oiseau aux ailes brisées, un orphelin sans repères, sans amarres et sans identité. Il produit le vide. Et reproche au Père de l’avoir créé. On ne créé pas à partir du néant, on ne vient pas du néant. Sinon, on finit par détruire. Les révolutions, les idéologies, les nihilismes détruisent, ils ne créent pas.
Montesquieu disait “ quand les sauvages veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre à ses pieds ”. On veut la liberté sans la responsabilité, le don sans le donateur, l’amour sans contrepartie.
C’est pourquoi, plus que jamais, dans un monde désorienté, le besoin de retourner à la source de notre histoire est essentiel, car il permet d’envisager l’avenir sans s’exposer à une situation de perpétuelle insécurité et imprévision (ce qui arrive dans les révolutions nihilistes dans lesquelles les instigateurs finissent eux-mêmes à l’échafaud). C’est donc la Tradition, source vivante, qui permet de garder ce lien avec le passé, non pour le faire croupir dans une petite mare, mais irriguer les champs de l’avenir et de l’espérance.
Plus que jamais, il importe de permettre à la jeunesse de bien connaître son passé, son histoire, ses traditions, sa culture et sa religion pour en comprendre le sens, l’esprit et face à un monde nouveau, être capable de garder le cap sans partir à la dérive…
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