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Le livre noir de la Révolution française, Editions du Cerf.

Après le livre noir du communisme, cet ouvrage deviendra une référence. Réunissant les contributions de nombreux historiens dont celles de Pierre Chaunu, Stéphane Courtois, Jean Sévilla et Reynald Secher, il s'attaque en profondeur au mythe révolutionnaire, fondement de notre République. L'analyse est poussée pour dénoncer toutes les idées reçues. Evenement par évenement, Stéphane Courtois montre l'analogie frappante entre le déroulement de la révolution russe de 1917 avec celle de 1789.

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 Analyse critique de la démocratie libérale

DoctrineEurope La compréhension que nous avons du fonctionnement de la démocratie moderne nécessite une analyse philosophique et historique en profondeur pour en saisir avec justesse tous les aspects. La revue philosophique catholique Aletheia nous offre une grille d’analyse incontournable : " La démocratie est devenue le système politique normatif de la société moderne (…) Pourtant la démocratie n’est pas la panacée de tous les maux de notre civilisation. Elle peut générer des injustices et des dérives allant jusqu’au totalitarisme idéologique. Le « syndrome démocratique » (…) [nous] heurte dans sa prétention à la vérité et dans son mode propre de gouvernement.(…)
La plupart des pays occidentaux vivent sous une démocratie libérale ; cela semble tellement évident que plus personne n’ose envisager un autre système. Bien plus, il est devenu la norme, non seulement de notre organisation au niveau politique, mais de la structure de notre système de réflexion dans des domaines aussi vastes que le discernement entre le bien et le mal, le vrai et le faux. (…)"

"Le terme « démocratie » cependant contient sa propre définition : le pouvoir du peuple. Il trouva une réalisation achevée dans la démocratie athénienne où le pouvoir appartenait directement au peuple. Ce dernier tranchait des grandes questions en assemblée et les pouvoirs judiciaires et administratifs étaient tirés au sort à tour de rôle pour un temps restreint. Entre les Actes des Apôtres au chapitre 4 « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun », la Cité de Dieu de Saint Augustin, L’Utopie de Thomas More et la société communiste idéale, d’aucuns ont vu des similitudes surprenantes.

Mais que signifie aujourd’hui la démocratie libérale ? Certainement pas ce que les philosophes anciens mettaient derrière ces mots. (…) La signification de cette dénomination a beaucoup évolué depuis les classiques (Platon, Aristote), Montesquieu et la conception moderne. (…)

La pensée classique

L’analyse de la démocratie nous fut donné de la manière la plus sobre et structurée par Aristote (1) : « (…) Quand c’est la multitude qui administre l’Etat en vue de l’utilité commune, le gouvernement est appelé du nom commun à toutes les constitutions, c'est-à-dire une république proprement dite. [La république] peut subir des déviations : la démocratie [est une déviation] de la République proprement dite (…) [le gouvernement] des indigents (…) ». La démocratie se range donc dans la catégorie des déviations, elle est le pouvoir de la masse (…).
La principale question, qui se retrouve dans toute la pensée sur la politique, est la science du bon gouvernement, c'est-à-dire de la finalité du pouvoir. Est-il bon ou est-il mauvais ? (…) La question du régime est fondamentale dans la réflexion politique d’Aristote, elle est assez proche d’une réflexion éthique. Il est donc bien évident que la vertu doit être le premier soin d’un Etat, en particulier la vertu de Justice, comme l’affirme le philosophe : « La vertu de justice est de l’essence de la société civile, car l’administration de la justice est l’ordre même de la communauté politique » (1) (…).

L’apport du christianisme

Le christianisme ajouta à cette problématique l’avènement d’un « Royaume qui n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36). L’orientation de tout l’ordre social vers une fin, même eschatologique, permit de nombreuses interprétations entre le millénarisme de Joachim de Flore – condamné par l’Eglise – et la synthèse organique de Saint Thomas d’Aquin. (…) Les théologiens chrétiens gardèrent et développèrent la notion d’un bien général ou commun et d’un bien particulier. Ils apportèrent à la pensée classique un élément nouveau, celui du sens de l’histoire. (…)

La rupture moderne

Pour les premiers fondateurs de la philosophie politique moderne, Nicolas Machiavel et Thomas Hobbes, l’homme n’est pas naturellement ordonné vers le bien. Etant peu enclin à la vertu, il faut donc que le gouvernement contraigne le citoyen par la force ou la flatterie, pour arriver à ses fins et réaliser ses objectifs. Cette conclusion ne fut que le constat de la triste réalité de la commune humanité. Mais en séparant la politique d’un regard éthique, les fondateurs de la politique moderne tronquèrent cette dernière de la seule boussole qui lui permettait de donner du sens. La liberté devint une indépendance, elle-même créatrice de valeurs ! (2).
Hobbes essaya de justifier sa position en montrant d’une manière très pragmatique que ce que cherche le citoyen ce n’est plus la « béatitude », mais la réalisation légitime de son désir de sécurité et de plaisir. (…) De cette conception de l’homme et de la société découle toute la pensée moderne de la politique, des fondements modernes de la démocratie et même de l’économie libérale. (…) Adam Smith, le grand penseur de l’économie libérale, fait l’apologie de l’économie de marché et de la libre entreprise non seulement pour elle-même mais aussi comme fondement de la liberté de l’individu face à un pouvoir réduit (3). La recherche de l’intérêt particulier comme base du fonctionnement des sociétés préparait l’apologie de la liberté comme son aboutissement. (…) Au nom de cette recherche de la liberté dans tous les domaines, de nombreux aspects de l’activité humaine : la morale, la religion, l’économie, vont tomber dans le domaine privé et sortir de la sphère sociale. Cette sécularisation s’est accompagnée aussi d’un foi indéfectible dans le progrès et dans la réalisation d’un homme nouveau (…) Reprenant les erreurs du millénarisme, les modernes, sous la plume de Voltaire ou de Turgot, remplacèrent le monde à venir par le monde qui vient et posèrent les jalons d’un sens de l’histoire, indépendant d’une finalité spirituelle. (…)

La démocratie libérale moderne

Dans l’usage contemporain, la démocratie reste liée à l’idée de pouvoir du peuple, même si celui-ci [ à la différence de la vision classique] n’est plus direct mais s’exerce au travers d’un système de représentation. (…) Selon la conception moderne, le peuple, ce sont les citoyens. Et ce sont des citoyens qui dans les démocraties modernes vont influer directement sur le pouvoir en le mettant en place et en le sanctionnant régulièrement.

Pour que la liberté soit exercée, il faut la protéger contre son pire ennemi qui est parfois elle-même. (…) Il faut limiter le pouvoir et en régler l’usage. Il faut aussi que les différentes tendances puissent s’exprimer et se faire entendre dans ce qu’on a appelé « le débat démocratique ».

La problématique de la démocratie libérale

La synthèse « démocratie libérale » est une condition de stabilité mais aussi une combinaison d’éléments parfois discordants dont l’équilibre est délicat. Ainsi le principe libéral limite le champ politique en préservant un domaine privé, ce à quoi le principe d’identité [ entendre ici égalité] rechigne. (…)
L’égalité, qui était une règle du jeu initial, est devenue un principe dont les prolongements se retrouvent dans de nombreux aspects de la vie sociale (…) Elle est même devenue une revendication d’un droit à un bien être minimal (…). Mais cette revendication égalitaire s’est concrétisée par une excroissance de l’autorité de l’Etat, au détriment parfois d’une conception de la Loi Gardienne de l’indépendance du pouvoir et des concitoyens. Elle est d’ailleurs un risque lorsqu’elle veut s’appliquer à tous les domaines de la vie sociale, ne respectant plus les finalités propres de chaque composante du corps social (famille, Eglise, etc). La conséquence directe de cette excroissance du syndrome démocratique est la perte de la liberté et le relativisme dans l’ordre de la vérité (4). (…)"

Extrait d’un article -La démocratie et l’Eglise- paru dans la revue ALETHEIA, N°23 - revue de formation philosophique, théologique et spirituelle de l’Ecole Saint-Jean.

(1) Aristote - La Politique
(2) Voir une analyse très percutante à ce sujet dans JM GUARRIGUES, La politique du meilleur possible
(3) Voir A. SMITH - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
(4) Voir Chantal DELSOL - Le souci contemporain



 
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